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« Le dérèglement climatique je le vois au quotidien » : Camille Fages, en Lozère, face aux châtaignes plus petites

Récolte des châtaignes en Cévennes : la sécheresse a donné des fruits plus petits, des pertes d’au moins 40 % et davantage de transformation.

Par la rédaction du Reste du frigo · publié le

Mains d'adulte triant de petites châtaignes dans une caisse en bois, sous un châtaignier cévenol, en octobre

Vous croiserez peut-être des châtaignes plus petites cet automne. En Cévennes, le ramassage a débuté le 2 octobre, après un été sans pluie significative depuis ses débuts. Dans la ferme de Camille Fages, en Lozère, les fruits sont là mais trop menus pour être vendus entiers. Résultat : plus de transformation et des pertes d’au moins 40 %.

En bref

  • Le ramassage a commencé le vendredi 2 octobre au Collet-de-Dèze, en Lozère, pour un peu plus d’un mois.
  • Après un été historique par ses températures et sans pluie significative, les châtaignes sont plus petites que d’habitude.
  • Trop menues pour être vendues entières, elles seront transformées, et la productrice estime ses pertes à 40 % minimum.

Le chiffre clé : 40 %, Pertes minimales estimées par une castanéicultrice de Lozère cette saison.

Les châtaignes sont là, mais trop petites pour être vendues entières

Sur la route étroite qui mène au hameau du Castanet, au Collet-de-Dèze en Lozère, les bas-côtés sont jonchés de bogues. Le ramassage a démarré le vendredi 2 octobre à la ferme Les Saveurs du Castanet, tenue par Camille Fages. La saison dure un peu plus d’un mois et doit se terminer en novembre.

Le souci tient en un mot : le calibre. Les fruits sont bien accrochés aux arbres, mais ils sont plus petits que d’habitude. Trop menus pour partir entiers à la vente, ils devront être davantage transformés.

L’exploitation entretient cinq hectares de châtaigneraies reconnus en AOP. Deux variétés dominent : les figarettes, que donne un châtaignier vieux de plusieurs siècles, planté sur une parcelle à 430 m d’altitude, et la pellegrine.

Un été historique par ses températures, et pas de vraie pluie depuis juin

La cause est simple à raconter. L’été a battu des records de chaleur, et les châtaigneraies n’ont pas été épargnées. Camille Fages résume la situation ainsi :

« Les fruits sont là. Par contre, on n’a pas eu de pluie significative depuis le début de l’été. »

Camille Fages, castanéicultrice aux Saveurs du Castanet

Le constat se lit au sol : des châtaignes plus petites que les années précédentes. Elle ajoute, sans détour : « Le dérèglement climatique je le vois au quotidien. »

Des pluies diluviennes sont pourtant tombées le mercredi 30 septembre, et la terre était encore humide au premier jour de ramassage. Ce sont ces intempéries qui font tomber bogues et fruits mûrs dans les grands filets tendus sous les arbres. Les bogues des vieilles variétés cévenoles s’ouvrent d’elles-mêmes : inutile de se piquer les mains pour récupérer les châtaignes.

Des pertes d’au moins 40 % et beaucoup plus de travail

Camille Fages estime ses pertes à 40 % au minimum. Des châtaignes qui ne peuvent plus être vendues entières, il faut en faire autre chose, et cela demande du temps. « T’as plus de travail », dit-elle. Derrière le sourire, l’inquiétude est réelle : « Je mise gros. »

Sous les arbres, les journées de ramassage dépendent beaucoup de la météo et durent parfois huit heures. Le terrain est en pente, les cagettes se portent à la main, et les maux de dos font partie du métier. Une équipe se partage la tâche : une saisonnière, deux personnes en woofing, ce système où l’on travaille dans une ferme bio contre le gîte et le couvert, et un souffleur pour chasser feuilles et bogues et ne laisser que les fruits.

En dehors du ramassage, la productrice travaille presque seule. Son père, qui habite près d’Anduze, monte l’aider trois fois par semaine, et des amis passent donner un coup de main.

Ce que cela change pour la saison, de la ferme à votre assiette

Dans cette exploitation, la saison reste courte et dense. Voici les repères utiles pour la suivre.

RepèreCe que l’on sait
Début du ramassageVendredi 2 octobre
DuréeUn peu plus d’un mois, fin prévue en novembre
Taille des fruitsPlus petits que d’habitude
Pertes estimées40 % au minimum
Variétés principalesFigarettes et pellegrine
SurfaceCinq hectares reconnus en AOP

Pour vous, la conséquence la plus nette : une part des châtaignes passera par la transformation avant d’arriver sur les étals. Chez Camille Fages, farine, purée, confiture et sirop sont vendus sur place et dans des boutiques de producteurs. Les fruits frais restent proposés, et ils se conservent étonnamment bien au frigo.

Ce témoignage vient d’une seule exploitation lozérienne. Il ne permet pas de chiffrer la récolte de toute la région.

La diversification, le pari d’une castanéicultrice amoureuse de son arbre

Camille Fages a repris la ferme de ses arrière-grands-parents, laissée à l’abandon pendant deux générations. Elle élève un troupeau de brebis, récolte des fruits rouges et fabrique du jus de pomme. Pour elle, « le nerf de la guerre c’est la diversification », et elle réfléchit déjà à d’autres complémentarités.

Arrêter la châtaigne lui semble impensable. L’arbre est pour elle le symbole d’un attachement à une terre et à un mode de vie. « Le châtaignier nous accompagne du berceau jusqu’à la mort », dit-elle. Son bois devient planches, tisanes et même bijoux : « Il est hyper polyvalent. »

La ferme possède sa propre clède, le séchoir à châtaignes, et sa dépiqueuse pour décortiquer les fruits. C’est ce qui permet de donner une seconde vie aux châtaignes trop petites pour la vente à l’état frais.

Vos questions

Pourquoi les châtaignes cévenoles sont-elles plus petites cette année ?

L’été a été historique par ses températures, et il n’est pas tombé de pluie significative depuis son début. Les fruits sont présents, mais leur calibre est inférieur à l’habitude, selon Camille Fages, castanéicultrice au Collet-de-Dèze.

Peut-on encore acheter des châtaignes fraîches ?

Oui, la ferme de Camille Fages vend toujours des châtaignes fraîches, qui se conservent étonnamment au frigo. Les fruits trop petits pour être vendus entiers sont en revanche transformés en farine, purée, confiture ou sirop.

Jusqu’à quand dure la récolte des châtaignes en Cévennes ?

Le ramassage a commencé le vendredi 2 octobre dans l’exploitation du Castanet, en Lozère. La saison dure un peu plus d’un mois et devrait s’achever en novembre, selon la météo.

Sources : midilibre.fr.