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57 % des 91 œufs analysés contiennent des PFAS : ce qu'il faut vérifier avant de manger ceux du poulailler

57 % des 91 œufs analysés contiennent des PFAS, 25 % dépassent les seuils. Poulailler ou achat en direct : ce que disent les autorités de santé.

Par la rédaction du Reste du frigo · publié le

Œufs bruns dans un panier et poules dans un jardin près d'un poulailler familial en France

Vous avez un poulailler pour moins dépenser en œufs, ou vous les achetez en direct chez un voisin ? Une enquête d'ICI et de Radio France sur 91 œufs de poules élevées en plein air montre que 57 % contiennent des PFAS et que 25 % dépassent le seuil réglementaire.

En bref

  • Sur 91 œufs de poules élevées en plein air, 52 contiennent des PFAS et 23 dépassent les seuils réglementaires.
  • Les dépassements concernent presque uniquement les particuliers : seuls 4 œufs de producteurs contiennent des PFAS, dont 2 au-dessus du seuil.
  • Les particuliers ne sont pas soumis aux seuils, mais les ARS déconseillent de manger ces œufs dans les zones très touchées.

Le chiffre clé : 57 % des 91 œufs de poules élevées en plein air analysés contiennent des PFAS.

Un œuf sur quatre dépasse le seuil réglementaire, presque toujours chez des particuliers

ICI et la Cellule investigation de Radio France ont fait analyser 91 œufs prélevés partout en France, un par un, dans un laboratoire agréé de Quimper. Résultat : 52 œufs, soit 57 % des échantillons, contiennent des PFAS, ces « polluants éternels » dont certains sont classés cancérigènes pour l'homme. Et 23 œufs, soit 25 %, dépassent les seuils réglementaires.

Tous les œufs viennent de poules élevées en plein air. Un peu plus de la moitié (54 %) ont été prélevés chez des particuliers, et 46 % ont été achetés dans le commerce. Les teneurs les plus fortes atteignent deux à trois fois le seuil dans plusieurs communes.

MesureRésultat
Œufs analysés91
Œufs contenant des PFAS52 (57 %)
Œufs au-dessus du seuil23 (25 %)
Œufs de particuliers54 % des échantillons
Œufs achetés dans le commerce46 % des échantillons

Les œufs vendus par des producteurs s'en sortent bien mieux

Si vous achetez vos œufs en magasin ou chez un producteur, le tableau est nettement moins sombre. Radio France indique que, dans leur grande majorité, les œufs issus de producteurs respectent les normes de qualité. Seuls quatre contiennent des PFAS, dont deux à des taux supérieurs au seuil.

Pourquoi cet écart ? Depuis le 1er janvier 2023, un seuil réglementaire interdit la mise sur le marché de certains produits d'origine animale qui le dépassent : poissons, mollusques, crustacés, œufs, viande et abats d'animaux de boucherie, de volailles et de gibier. Un œuf vendu doit donc passer sous ce seuil.

Les autorités contrôlent d'ailleurs ces œufs commercialisés. En 2025, elles ont analysé 138 prélèvements pour les PFAS et n'ont détecté aucune anomalie.

Boues d'épandage et incinérateurs : d'où vient la pollution

Deux facteurs principaux expliquent ces résultats. Le premier : les boues d'épandage répandues sur les sols agricoles, notamment celles d'industries comme les papeteries ou les usines textiles. Anne-Laure Barral, journaliste à la cellule investigation de Radio France, parle de contaminations très fortes dans ces cas.

Dans les Ardennes, des boues issues de stations d'épuration ont ainsi contaminé les œufs d'un producteur, avec un taux 24 fois supérieur à la norme. Après une alerte des autorités, ces œufs n'étaient plus vendus depuis des mois.

Second facteur : les incinérateurs, qui ont longtemps rejeté des PFAS. C'est le cas en Île-de-France, où l'ARS déconseille de consommer les œufs des poulaillers. L'enquête confirme aussi la pollution de la « vallée de la chimie » dans le Rhône.

Des dépassements importants ont encore été relevés au Tholy (Vosges), au Boulou (Pyrénées-Orientales), à Communay (Rhône), à Saint-Peray (Ardèche), à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), à Chartres-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) et à Malandry (Ardennes).

Un poulailler bio ou écolo ne protège pas : l'exemple de Marco en Alsace

À Hochfelden, dans le Bas-Rhin, Marco nourrit sa famille avec les œufs de son poulailler depuis des années. Son analyse affiche un seuil de 2,26 : il dépasse « considérablement » les normes. « On est dans une démarche écologique, bio », souligne-t-il, avant d'ajouter que même ainsi, « on peut avoir des polluants éternels ».

Le cas est révélateur : dans le Grand Est, les autorités de santé contactées n'avaient jamais identifié de pollution aux PFAS dans les œufs. Pas de pollution connue localement ne veut donc pas dire pas de pollution.

Le toxicologue Xavier Coumoul, de l'Inserm, est clair pour les particuliers concernés :

« Il vaut mieux probablement ne pas consommer les œufs, surtout lorsque les valeurs sont élevées. Donc oui, il y a danger. »

Il plaide aussi pour davantage de contrôles, car seuls les œufs commercialisés sont aujourd'hui contrôlés.

Poulailler ou achat direct : les bons réflexes à adopter

Les particuliers ne sont pas astreints aux seuils réglementaires. Mais là où le taux de PFAS est important, comme dans le Rhône et en Île-de-France, les agences régionales de santé recommandent de ne pas consommer ces œufs, en particulier pour les publics fragiles : enfants et femmes enceintes.

  • Vous habitez dans le Rhône ou en Île-de-France : suivez la recommandation de l'ARS et évitez les œufs du poulailler.
  • Vous êtes près d'une commune citée ou d'un site industriel, d'un incinérateur ou d'un terrain recevant des boues d'épandage : le risque est plus élevé.
  • Vous avez des enfants ou une femme enceinte au foyer : la prudence s'impose en priorité.
  • Vous achetez en magasin : ces œufs sont soumis au seuil et contrôlés.

Les autorités de santé contactées par France Télévisions n'ont pas souhaité dire s'il faut continuer à manger les œufs concernés. À vous de peser : l'économie d'un poulailler ne vaut pas un risque pour la santé des plus jeunes.

Vos questions

Les œufs achetés en magasin contiennent-ils des PFAS ?

Les œufs vendus doivent respecter un seuil réglementaire en vigueur depuis le 1er janvier 2023. En 2025, 138 prélèvements ont été analysés par les autorités et aucune anomalie n'a été détectée. Dans l'enquête, seuls quatre œufs de producteurs contiennent des PFAS, dont deux au-dessus du seuil.

Faut-il arrêter de manger les œufs de son poulailler ?

Les particuliers ne sont pas soumis aux seuils. Mais dans les zones très touchées, comme le Rhône et l'Île-de-France, les ARS recommandent de ne pas les consommer, surtout pour les enfants et les femmes enceintes. Le toxicologue Xavier Coumoul juge qu'il vaut mieux probablement s'en passer quand les valeurs sont élevées.

D'où viennent les PFAS retrouvés dans les œufs ?

Les deux explications avancées sont les boues d'épandage sur les sols agricoles, notamment issues de papeteries ou d'usines textiles, et les incinérateurs qui ont longtemps rejeté des PFAS. Dans les Ardennes, des boues de stations d'épuration ont donné des œufs à 24 fois la norme.

Sources : 20 Minutes, franceinfo.